Le 11 novembre 2025, notre pays a lancé officiellement l'exploitation de Simandou, le plus grand gisement de fer à haute teneur inexploité au monde. Dans le même temps, nos exportations de bauxite atteignaient un rythme annuel proche de 200 millions de tonnes, faisant de la Guinée le premier fournisseur mondial. Le programme Simandou 2040 ambitionne 122 mégaprojets et la multiplication par cinq de notre PIB en quinze ans. Le RGPH4 a établi que nous sommes désormais plus de 17,5 millions de Guinéens.
Jamais notre pays n'a brassé autant de ressources, engagé autant de chantiers, nourri autant d'espoirs. C'est précisément pour cela que nous avons créé le CADI. Au contact des administrations, des bailleurs, des zones minières et des systèmes de données, nous avons partout buté sur le même paradoxe : plus les montants en jeu grandissent, moins on mesure ce qu'ils changent réellement dans la vie des populations.
Qui sait précisément ce que deux décennies de boom de la bauxite ont changé pour les ménages de Boké et de Boffa ? Qui mesurera, demain, ce que les milliards de Simandou changeront pour les habitants de Beyla, de Kérouané, de Faranah, de Forécariah et des territoires traversés par le Transguinéen ? Aujourd'hui, personne n'est institutionnellement équipé pour le faire de manière indépendante, permanente et rigoureuse. L'essentiel de l'analyse stratégique sur notre pays s'écrit encore à Washington, Londres ou Paris.
Le CADI est notre réponse à ce vide : un centre guinéen, installé à Conakry, qui produit des données fiables par ses propres enquêtes de terrain, évalue en toute indépendance l'impact des politiques publiques et des projets miniers, et anticipe les ruptures à venir.
Ce que la Guinée — et au-delà, les pays de la sous-région (Sénégal, Mali, Côte d'Ivoire, Sierra Leone, Liberia, Burkina Faso) — peuvent en attendre est concret : une mesure indépendante des retombées des grands projets sur les territoires ; une capacité africaine à produire des données et des analyses qui cessent d'être sous-traitées hors du continent ; un dialogue apaisé entre États, opérateurs et communautés, fondé sur des chiffres partagés ; une montée en compétence des administrations et des cadres locaux ; et, in fine, des politiques publiques mieux ciblées, plus efficaces, au service réel des populations.
Moussa DIOUMESSY · Cheick Tidiane CAMARA
Co-fondateurs du CADI — Conakry